621,000 VNĐ
LA CHIMIE DES TRAJECTOIRES
Détails sur le produit: » Prix: 621,000 VNĐ » Barecode: 9782743628758 » Auteur: Laurent Quintreau » Éditeur: Rivages » L'année d'édition: 27 août 2014 » Langue: Français » Dimension: 20,6 x 1,8 x 14,2 cm » Nombre de page: 235 » Poids: 0.295 KgDescriptions du produit
Extrait
(Sixième étage d'un immeuble haussmannien, au 23 d'une rue bordée de platanes, lundi 19 mai, 18 h 15.)
1
Carbonifère
Dans un bocal aménagé en ring, une mante religieuse se prépare à affronter un frelon d'Asie. Des deux combattants, un seul l'emporterait. Un seul sortirait vivant de cette prison de verre où chacun avait été placé pour des raisons inconnues, du moins non répertoriées dans le catalogue comportemental et cognitif des insectes.
La mante livre les premiers assauts et envoie le frelon à terre. Au moment où ce dernier se relève, groggy et titubant, une petite mouche se pose sur l'écran où se déroule le combat. Se redressant fébrilement sur son siège, Alexandre Adami chasse l'intruse d'un revers de main et prie pour que sa championne confirme son avance. Il y a dans ce combat quelque chose d'essentiel, d'irréductible à un simple combat d'insectes mis en scène par quelque internaute monomaniaque. Comme si se jouait et se rejouait une scène primordiale, que la patine des siècles et le vernis des civilisations ne parvenaient pas à estomper. Comme si, ayant par mégarde poussé la porte qui sépare son univers de celui de la mante, il s'était retrouvé nez à nez avec ses origines les plus inconcevables.
Poursuivant sa marche à reculons de quelques millénaires, il tomberait sur la lente maturation du précambrien où les quatre continents distordus, compressés, compactés jusqu'au cataclysme, finissent par s'unifier en une sublime convulsion.
Le frelon se relève. Visiblement indemne, il se met à voleter autour de son adversaire, qui tente en vain de le broyer entre ses pattes de devant démesurées. Très vite, le rapport de force s'inverse entre les deux combattants. De plus en plus offensif et déterminé, l'hyménoptère lacère la mante et lui arrache une aile. Un détail retient l'attention du jeune homme, donnant une gravité supplémentaire au combat : l'abdomen de sa championne, étonnamment gonflé et proéminent. Des bébés. Qu'elle aurait eus avec un mâle aussitôt décapité.
Un haut-le-coeur parcourt Alexandre Adami. Il grimace, en proie à un reflux gastrique particulièrement virulent. Sans doute un effet secondaire indésirable du médicament que le docteur lui a prescrit. Du Neuroflan, un neuroleptique extrêmement puissant capable de faire taire les voix les plus récalcitrantes. Newton, Poincaré, Einstein, ils n'avaient plus donné signe de vie depuis l'absorption de cette nouvelle molécule censée améliorer la transmission synaptique, deux jours auparavant. Galois, qui avait pris l'habitude de le réveiller à 4 heures du matin pour l'aider à résoudre une équation ou le prévenir de l'imminence d'une bataille électromagnétique, s'était tu lui aussi. Même si du reste il n'avait, après consultation de sa mémoire qui lui restitue l'image en trois dimensions du cachet, jamais absorbé de Neuroflan puisqu'il s'était empressé d'en recracher le premier comprimé à la poubelle, acte de désobéissance médical qui lui avait valu une réminiscence sonore de cet imbécile de docteur Clérus qui ne cessait de lui répéter : «C'est bien les études, mais tu ne voudrais pas faire un peu de sport un peu de sport un peu de sport» comme une écholalie désagréable et un peu bébête.
(...)
Revue de presse
Formellement, cela donne un roman aux dialogues rares et à l'observation quasi clinique, sentiment encore renforcé par le titre des chapitres...
Sur le fond, c'est un terrible constat quant à la façon dont se porte la société - comprendre urbaine et occidentale - et, plus largement, sur la vanité de l'humanité. Glaçant. (Charlotte Pons - Le Point du 17 juillet 2014)








