Extrait
Ouverture
Antoine, nous avons voulu, avec mon ami Philippe Lorin, saisir tes regards. Nous sommes devenus tes visages, apprenant à lire sur chacune de tes rides et sur chaque grain de ta peau. Philippe s'est glissé dans ton ombre et ses traits de crayon ont épousé ceux de tes regards. Je me suis glissé dans tes mots. Et mes phrases ont restitué tes paroles. Il faut relire chacune de tes oeuvres pour savoir à quel point tu es resté vivant, à quel point tu nous parles, soixante-dix ans après ton départ, en ce début de troisième millénaire.
Entre la date de ta naissance, le 29 juin 1900, et celle de ta disparition, le 31 juillet 1944, il s'est écoulé 16 103 jours. Au coeur de ton enfance, tu partageais avec ton frère François la tête du Petit Prince, avec en prime un petit nez en trompette qui t'a valu le surnom de «Pique la lune». Et puis la vie t'a donné cette bouille de hibou rêveur dont le regard était fait pour scruter la terre vue du ciel de ton âme.
Aujourd'hui, ton visage n'est inclus dans aucune urne, dans aucune tombe. Il est définitivement libre. Il a rendu à la vie le lot de rides et de plis qu'elle avait pu déposer sur la plage de son grand front. Il a rejoint notre grande matrice, la mer. Il s'est sans doute effacé peu à peu comme un reflet dans un miroir, mouchant la cigarette coincée dans le coin droit de ta bouche comme on mouche la chandelle de la vie lorsque le visage des morts se fige, à moins qu'il ne se détende.
D'où vient-il, ce premier visage, Antoine ? Il remonte loin dans ton enfance. L'enfance, ce grand territoire d'où chacun est sorti !
D'où es-tu ? Tu es de ton enfance. Tu es de ton enfance comme d'un pays.
Le parfum d'une mère
Ta mère, Marie Boyer de Fonscolombe, avait 25 ans lorsqu'elle t'a donné le jour. Le 8 juin 1896, elle a épousé ton père, le comte Jean de Saint-Exupéry, au château de Saint-Maurice, dans le Bugey, avant de lui donner en sept ans une nichée de cinq enfants : ta soeur aînée Marie-Madeleine, dite «Biche», en 1897; Simone, ta soeur cadette, dite «Monot», en 1898 ; ton petit frère François, dit «Gros Père», en 1902 ; et Gabrielle, ta petite soeur, ta «Didi», en 1903. Marie, première femme de ta vie, mère de gloire, ange de douceur et de consolation penchée sur ton berceau. Toi, tu es le petit «roi soleil» à cause de tes cheveux blonds.
Pendant les quatre premières années, l'insouciance est au rendez-vous. Marie est ta seule consolation quand tu es triste. Lorsque tu es couché, quelquefois, elle chante en bas. Ça te revient comme les échos d'une fête immense. Quelquefois elle monte, elle ouvre la porte et tu te trouves bien entouré d'une bonne chaleur. Ta mère se penche sur toi, et pour que le voyage soit paisible, pour que rien n'agite tes rêves, elle efface du drap un pli, une ombre, une houle. Car elle a le pouvoir d'apaiser ton lit comme un doigt divin la mer...
Elle gardera toujours le parfum de sa peau le jour de ta naissance. La silhouette de la toute première femme qui fit qu'Adam se retourna. La main douce posée sur ton front ou qui tient ta nuque lorsque tu lui souris. Rien qu'en t'embrassant, elle te fait tout oublier.
Antoine, nous avons voulu, avec mon ami Philippe Lorin, saisir tes regards. Nous sommes devenus tes visages, apprenant à lire sur chacune de tes rides et sur chaque grain de ta peau. Philippe s'est glissé dans ton ombre et ses traits de crayon ont épousé ceux de tes regards. Je me suis glissé dans tes mots. Et mes phrases ont restitué tes paroles. Il faut relire chacune de tes oeuvres pour savoir à quel point tu es resté vivant, à quel point tu nous parles, soixante-dix ans après ton départ, en ce début de troisième millénaire.
Entre la date de ta naissance, le 29 juin 1900, et celle de ta disparition, le 31 juillet 1944, il s'est écoulé 16 103 jours. Au coeur de ton enfance, tu partageais avec ton frère François la tête du Petit Prince, avec en prime un petit nez en trompette qui t'a valu le surnom de «Pique la lune». Et puis la vie t'a donné cette bouille de hibou rêveur dont le regard était fait pour scruter la terre vue du ciel de ton âme.
Aujourd'hui, ton visage n'est inclus dans aucune urne, dans aucune tombe. Il est définitivement libre. Il a rendu à la vie le lot de rides et de plis qu'elle avait pu déposer sur la plage de son grand front. Il a rejoint notre grande matrice, la mer. Il s'est sans doute effacé peu à peu comme un reflet dans un miroir, mouchant la cigarette coincée dans le coin droit de ta bouche comme on mouche la chandelle de la vie lorsque le visage des morts se fige, à moins qu'il ne se détende.
D'où vient-il, ce premier visage, Antoine ? Il remonte loin dans ton enfance. L'enfance, ce grand territoire d'où chacun est sorti !
D'où es-tu ? Tu es de ton enfance. Tu es de ton enfance comme d'un pays.
Le parfum d'une mère
Ta mère, Marie Boyer de Fonscolombe, avait 25 ans lorsqu'elle t'a donné le jour. Le 8 juin 1896, elle a épousé ton père, le comte Jean de Saint-Exupéry, au château de Saint-Maurice, dans le Bugey, avant de lui donner en sept ans une nichée de cinq enfants : ta soeur aînée Marie-Madeleine, dite «Biche», en 1897; Simone, ta soeur cadette, dite «Monot», en 1898 ; ton petit frère François, dit «Gros Père», en 1902 ; et Gabrielle, ta petite soeur, ta «Didi», en 1903. Marie, première femme de ta vie, mère de gloire, ange de douceur et de consolation penchée sur ton berceau. Toi, tu es le petit «roi soleil» à cause de tes cheveux blonds.
Pendant les quatre premières années, l'insouciance est au rendez-vous. Marie est ta seule consolation quand tu es triste. Lorsque tu es couché, quelquefois, elle chante en bas. Ça te revient comme les échos d'une fête immense. Quelquefois elle monte, elle ouvre la porte et tu te trouves bien entouré d'une bonne chaleur. Ta mère se penche sur toi, et pour que le voyage soit paisible, pour que rien n'agite tes rêves, elle efface du drap un pli, une ombre, une houle. Car elle a le pouvoir d'apaiser ton lit comme un doigt divin la mer...
Elle gardera toujours le parfum de sa peau le jour de ta naissance. La silhouette de la toute première femme qui fit qu'Adam se retourna. La main douce posée sur ton front ou qui tient ta nuque lorsque tu lui souris. Rien qu'en t'embrassant, elle te fait tout oublier.
Présentation de l'éditeur
«Antoine, nous avons voulu, avec mon ami Philippe Lorin, saisir tes regards. Nous sommes devenus tes visages, apprenant à lire sur chacune de tes rides et sur chaque grain de ta peau. Philippe s'est glissé dans ton ombre et ses traits de crayon ont épousé ceux de tes regards. Je me suis glissé dans tes mots. Et mes phrases ont restitué tes paroles. Il faut relire chacune de tes oeuvres pour savoir à quel point tu es resté vivant, à quel point tu nous parles, soixante-dix ans après ton départ, en ce début de troisième millénaire.»
Jean-Pierre Guéno
Jusqu'au jour de sa mort, Antoine de Saint-Exupéry a toujours su garder le regard émerveillé de son enfance, comme si chaque jour de son existence avait régénéré par magie le tout premier matin du monde.
L'illustrateur Philippe Lorin et l'écrivain Jean-Pierre Guéno transmettent, 70 ans après sa disparition, la fraîcheur, la lucidité et l'empathie qui caractérisent les livres de l'auteur du Petit Prince et qu'il projette sur les êtres qui lui sont chers ainsi que sur les grands jalons de sa vie ; leurs propres mots et leurs dessins viennent éclairer d'une lumière nouvelle des trésors dont beaucoup sont exhumés d'archives personnelles familiales extrêmement peu connues du public.
L'oeuvre de Saint-Exupéry reste d'une actualité brûlante. À l'ère du «tout-à-l'ego» et de la standardisation universelle, nous ne sommes riches que de l'agrégation de nos différences, et notre vie ne commence à prendre son sens que lorsque nous la tournons vers les autres.
Les auteurs
Ancien élève de l'École normale supérieure de Saint-Cloud, Jean-Pierre Guéno est écrivain, historien et journaliste et se définit comme un «passeur de mémoire». Il est aujourd'hui directeur de la culture du groupe Aristophil, des musées des Lettres et Manuscrits de Paris et de Bruxelles. Il est l'auteur d'une cinquantaine d'ouvrages dont le best-seller Paroles de poilus.
Après des études d'architecture et de décoration intérieure, Philippe Lorin se consacre aux arts graphiques pour un grand nombre d'éditeurs français et étrangers. Il est l'auteur de divers carnets de voyage notamment sur la Provence et le Maroc, et de beaux livres comme Les Présidents de la République, George Sand, Jacques Brel, etc. Ses travaux personnels figurent pour la plupart dans des collections privées aux États-Unis, en Suisse et au Japon.
Jean-Pierre Guéno
Jusqu'au jour de sa mort, Antoine de Saint-Exupéry a toujours su garder le regard émerveillé de son enfance, comme si chaque jour de son existence avait régénéré par magie le tout premier matin du monde.
L'illustrateur Philippe Lorin et l'écrivain Jean-Pierre Guéno transmettent, 70 ans après sa disparition, la fraîcheur, la lucidité et l'empathie qui caractérisent les livres de l'auteur du Petit Prince et qu'il projette sur les êtres qui lui sont chers ainsi que sur les grands jalons de sa vie ; leurs propres mots et leurs dessins viennent éclairer d'une lumière nouvelle des trésors dont beaucoup sont exhumés d'archives personnelles familiales extrêmement peu connues du public.
L'oeuvre de Saint-Exupéry reste d'une actualité brûlante. À l'ère du «tout-à-l'ego» et de la standardisation universelle, nous ne sommes riches que de l'agrégation de nos différences, et notre vie ne commence à prendre son sens que lorsque nous la tournons vers les autres.
Les auteurs
Ancien élève de l'École normale supérieure de Saint-Cloud, Jean-Pierre Guéno est écrivain, historien et journaliste et se définit comme un «passeur de mémoire». Il est aujourd'hui directeur de la culture du groupe Aristophil, des musées des Lettres et Manuscrits de Paris et de Bruxelles. Il est l'auteur d'une cinquantaine d'ouvrages dont le best-seller Paroles de poilus.
Après des études d'architecture et de décoration intérieure, Philippe Lorin se consacre aux arts graphiques pour un grand nombre d'éditeurs français et étrangers. Il est l'auteur de divers carnets de voyage notamment sur la Provence et le Maroc, et de beaux livres comme Les Présidents de la République, George Sand, Jacques Brel, etc. Ses travaux personnels figurent pour la plupart dans des collections privées aux États-Unis, en Suisse et au Japon.








