871,000 VNĐ
D'Alembert : Une vie d'intellectuel au siècle des Lumières
Détails sur le produit: » Prix: 871,000 VNĐ » Barecode: 9782213631257 » Auteur: Guy Chaussinand-Nogaret » Éditeur: Fayard » L'année d'édition: (28 novembre 2007) » Langue: Français » Dimension: 21,8 x 13,6 x 3,4 cm » Nombre de page: 445 » Poids:Descriptions du produit
Description de l'ouvrage
Fils naturel d'une nonne libertine, condamné au sort des
enfants trouvés, Jean Le Rond dit d'Alembert acquiert très jeune la
réputation de plus grand géomètre d'Europe ; esprit facétieux, il
enchante les salons par ses saillies burlesques et ses dons
d'imitateur. Mais c'est la littérature qui fait de lui la grande figure
du siècle des Lumières. Le «Discours préliminaire» de l'Encyclopédie,
entreprise dont il assure la direction avec Diderot, lui vaut une gloire
comparable à celle de Voltaire et l'amitié des «despotes éclairés»,
Catherine de Russie, Frédéric le Grand, qui tentent même de l'attirer
chez eux.
Après avoir investi les salons parisiens et les académies, d'Alembert devint le fédérateur du «parti philosophique», soutint avec ardeur la lutte contre les «dévots», s'engagea sur tous les fronts et dans toutes les querelles qui opposaient les gens de lettres et souvent leur valaient les foudres de l'autorité. Peu apprécié à la cour, il avait aussi des ennemis dans son propre camp. Ceux-ci réprouvaient ses idées radicales, ceux-là enviaient la position acquise par ses seuls mérites qui lui donnait le magistère sur le monde des sciences et des lettres, la quasi-totalité de ses pairs lui rendaient justice, mais ceux qu'il avait blessés lui vouaient une haine féroce, le qualifiaient d'usurpateur et le condamnaient pour son charlatanisme supposé : sa prétendue supériorité en géométrie lui aurait valu son triomphe dans la littérature, alors que sa renommée d'homme de lettres en aurait imposé aux mathématiciens... On lui reprochait aussi son despotisme et son esprit vindicatif. Ce dernier reproche était parfois justifié ; mais si d'Alembert intrigua parfois, ce fut pour la cause, celle des Lumières, et nullement par ambition ou intérêt.
Discret sur sa vie intime, il connut une passion publique qui ne s'éteignit qu'avec lui. Le couple d'Alembert-Julie de Lespinasse compte au nombre des idylles qui n'ont pas encore révélé tous leurs secrets.
Au-delà des querelles, il reste son oeuvre : inséparable du caractère de l'homme partagé entre ironie et fureur, elle a suscité générosité et passion partisane et reste, à côté de celle de Voltaire, la manifestation la plus éloquente, le procès-verbal le plus explicite de l'exceptionnelle fermentation intellectuelle d'un siècle qui a voulu s'aventurer hors des territoires connus et labourer les terres vierges que son optimisme disputait aux fanatismes et au fatalisme.
Directeur d'études honoraire à l'École des hautes études en sciences sociales, spécialiste éminent du XVIIIe siècle, Guy Chaussinand-Nogaret est l'auteur de nombreux ouvrages fondamentaux sur cette période : biographies (Mirabeau, Choiseul, Madame Roland, Le Cardinal Dubois, qui reçut le grand prix de la biographie de l'Académie française...) et travaux de synthèse sur la noblesse et les élites. Il a récemment publié une biographie de Casanova (Fayard, 2006).
Après avoir investi les salons parisiens et les académies, d'Alembert devint le fédérateur du «parti philosophique», soutint avec ardeur la lutte contre les «dévots», s'engagea sur tous les fronts et dans toutes les querelles qui opposaient les gens de lettres et souvent leur valaient les foudres de l'autorité. Peu apprécié à la cour, il avait aussi des ennemis dans son propre camp. Ceux-ci réprouvaient ses idées radicales, ceux-là enviaient la position acquise par ses seuls mérites qui lui donnait le magistère sur le monde des sciences et des lettres, la quasi-totalité de ses pairs lui rendaient justice, mais ceux qu'il avait blessés lui vouaient une haine féroce, le qualifiaient d'usurpateur et le condamnaient pour son charlatanisme supposé : sa prétendue supériorité en géométrie lui aurait valu son triomphe dans la littérature, alors que sa renommée d'homme de lettres en aurait imposé aux mathématiciens... On lui reprochait aussi son despotisme et son esprit vindicatif. Ce dernier reproche était parfois justifié ; mais si d'Alembert intrigua parfois, ce fut pour la cause, celle des Lumières, et nullement par ambition ou intérêt.
Discret sur sa vie intime, il connut une passion publique qui ne s'éteignit qu'avec lui. Le couple d'Alembert-Julie de Lespinasse compte au nombre des idylles qui n'ont pas encore révélé tous leurs secrets.
Au-delà des querelles, il reste son oeuvre : inséparable du caractère de l'homme partagé entre ironie et fureur, elle a suscité générosité et passion partisane et reste, à côté de celle de Voltaire, la manifestation la plus éloquente, le procès-verbal le plus explicite de l'exceptionnelle fermentation intellectuelle d'un siècle qui a voulu s'aventurer hors des territoires connus et labourer les terres vierges que son optimisme disputait aux fanatismes et au fatalisme.
Directeur d'études honoraire à l'École des hautes études en sciences sociales, spécialiste éminent du XVIIIe siècle, Guy Chaussinand-Nogaret est l'auteur de nombreux ouvrages fondamentaux sur cette période : biographies (Mirabeau, Choiseul, Madame Roland, Le Cardinal Dubois, qui reçut le grand prix de la biographie de l'Académie française...) et travaux de synthèse sur la noblesse et les élites. Il a récemment publié une biographie de Casanova (Fayard, 2006).
Extrait
L'enfant trouvé
Au Palais-Royal, bientôt siège du gouvernement du royaume, Philippe d'Orléans, futur régent de France, mais pour le moment un peu en disgrâce, menait en sybarite privilégié une vie élégamment suspecte et un brin sulfureuse. Il s'y livrait avec l'ardeur de sa nature, généreuse et gourmande, à tous les plaisirs licencieux que la Régence devait mettre à la mode. C'était une ivresse charmante que les capiteux vins de Champagne et la lascivité d'un tourbillon de jeunes femmes nourrissaient de leur saveur et de leur beauté. C'était un merveilleux théâtre de luxure où le chant des violons alternait avec les impromptus galants et les orgies discrètes, séjour des muses et des bacchantes où se croisaient, en un pétillant ballet d'ambitions et de désirs, politiques vertueux que l'odeur de stupre scandalisait, intrigants avides, prostituées mondaines, audacieuses aventurières attirées par la réputation du maître et l'équivoque notoriété du lieu.
L'atrium était vaste et lumineux. Çà et là étaient disposés des socles sur lesquels des Vénus de marbre et des Diane vertueuses invitaient à l'amour. L'un de ces piédestaux attendait qu'on y déposât la statue qu'on lui destinait. Alexandrine, bien qu'elle eût atteint la trentaine, était fraîche, jolie et libre. Elle n'avait pas froid aux yeux et aucune pudeur n'entravait ses desseins. Elle était prête à tout pour satisfaire l'ambition qui la dévorait. Elle se dévêtit et, nue, altière, provocante, grimpa sur le socle, prit la pose la plus flatteuse et attendit le passage de Philippe, certaine que cette délicieuse et originale incarnation du mythe de Pygmalion et Galatée ne manquerait pas de faire sur le libertin l'effet qu'elle en attendait et que sa bravoure justifiait. Philippe passa, admira, jugea que la farce était bonne et... la fit porter dans son lit.
L'idylle fut de courte durée. Philippe devina l'intrigante derrière la vénusté de la femme et s'en débarrassa avec un compliment gaillard : «Je n'aime pas, dit-il, les putains qui parlent d'affaires entre deux draps.» L'aventure ne pouvait porter préjudice à l'amazone indiscrète. Sa vie scandaleuse n'était ni secrète ni de nature à choquer la sensibilité d'une génération qui, après avoir subi les contraintes de l'ordre moral que Louis XIV et la Maintenon avaient imposé sans discrétion, s'épanouissait dans l'ivresse d'un Mai 68 libérateur. Les embarquements pour Cythère succédaient alors avec bonheur aux hypocrisies dévotes de la vieille cour dévaluée.
Alexandrine était née dans le chaudron de la cagoterie et avait gardé de son expérience première et des contraintes qui l'avaient frustrée d'une adolescence heureuse le mépris des conventions, la haine du camouflage, une irrévérence profonde pour tous les rites et tabous d'une société qui l'avait condamnée à l'enfermement. Sa nature exubérante et prodigue, sa personnalité aux facettes multiples, ses exigences impérieuses réclamaient au contraire les soins attentifs d'une liberté qui ne laissât rien à l'arbitraire, aux rigueurs et au despotisme paternel. Son père, magistrat qui avait occupé les fonctions de président à mortier au parlement de Grenoble et de premier président du sénat de Chambéry, était un cafard autoritaire et brutal. Antoine Guérin de Tencin appartenait à cette élite parlementaire, implacable et redoutée où, à côté de quelques grandes figures, pullulait la médiocrité. Quand ses ambitions étaient en cause, Tencin ignorait le doute et la pitié. Faire de son fils aîné le successeur de ses charges et lui assurer la possession de ses biens était pour ce parvenu d'assez fraîche date une véritable obsession.
Au Palais-Royal, bientôt siège du gouvernement du royaume, Philippe d'Orléans, futur régent de France, mais pour le moment un peu en disgrâce, menait en sybarite privilégié une vie élégamment suspecte et un brin sulfureuse. Il s'y livrait avec l'ardeur de sa nature, généreuse et gourmande, à tous les plaisirs licencieux que la Régence devait mettre à la mode. C'était une ivresse charmante que les capiteux vins de Champagne et la lascivité d'un tourbillon de jeunes femmes nourrissaient de leur saveur et de leur beauté. C'était un merveilleux théâtre de luxure où le chant des violons alternait avec les impromptus galants et les orgies discrètes, séjour des muses et des bacchantes où se croisaient, en un pétillant ballet d'ambitions et de désirs, politiques vertueux que l'odeur de stupre scandalisait, intrigants avides, prostituées mondaines, audacieuses aventurières attirées par la réputation du maître et l'équivoque notoriété du lieu.
L'atrium était vaste et lumineux. Çà et là étaient disposés des socles sur lesquels des Vénus de marbre et des Diane vertueuses invitaient à l'amour. L'un de ces piédestaux attendait qu'on y déposât la statue qu'on lui destinait. Alexandrine, bien qu'elle eût atteint la trentaine, était fraîche, jolie et libre. Elle n'avait pas froid aux yeux et aucune pudeur n'entravait ses desseins. Elle était prête à tout pour satisfaire l'ambition qui la dévorait. Elle se dévêtit et, nue, altière, provocante, grimpa sur le socle, prit la pose la plus flatteuse et attendit le passage de Philippe, certaine que cette délicieuse et originale incarnation du mythe de Pygmalion et Galatée ne manquerait pas de faire sur le libertin l'effet qu'elle en attendait et que sa bravoure justifiait. Philippe passa, admira, jugea que la farce était bonne et... la fit porter dans son lit.
L'idylle fut de courte durée. Philippe devina l'intrigante derrière la vénusté de la femme et s'en débarrassa avec un compliment gaillard : «Je n'aime pas, dit-il, les putains qui parlent d'affaires entre deux draps.» L'aventure ne pouvait porter préjudice à l'amazone indiscrète. Sa vie scandaleuse n'était ni secrète ni de nature à choquer la sensibilité d'une génération qui, après avoir subi les contraintes de l'ordre moral que Louis XIV et la Maintenon avaient imposé sans discrétion, s'épanouissait dans l'ivresse d'un Mai 68 libérateur. Les embarquements pour Cythère succédaient alors avec bonheur aux hypocrisies dévotes de la vieille cour dévaluée.
Alexandrine était née dans le chaudron de la cagoterie et avait gardé de son expérience première et des contraintes qui l'avaient frustrée d'une adolescence heureuse le mépris des conventions, la haine du camouflage, une irrévérence profonde pour tous les rites et tabous d'une société qui l'avait condamnée à l'enfermement. Sa nature exubérante et prodigue, sa personnalité aux facettes multiples, ses exigences impérieuses réclamaient au contraire les soins attentifs d'une liberté qui ne laissât rien à l'arbitraire, aux rigueurs et au despotisme paternel. Son père, magistrat qui avait occupé les fonctions de président à mortier au parlement de Grenoble et de premier président du sénat de Chambéry, était un cafard autoritaire et brutal. Antoine Guérin de Tencin appartenait à cette élite parlementaire, implacable et redoutée où, à côté de quelques grandes figures, pullulait la médiocrité. Quand ses ambitions étaient en cause, Tencin ignorait le doute et la pitié. Faire de son fils aîné le successeur de ses charges et lui assurer la possession de ses biens était pour ce parvenu d'assez fraîche date une véritable obsession.








