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Hanoi : Le lauréat du Prix FEMINA 2012 au lycée Yersin

Après avoir lu le dernier ouvrage de P. Deville « Peste & Choléra », les élèves de 4ème et de 1ère du Lycée Français A. Yersin rencontraient, le 26 février dernier, l'auteur qui a redonné vie et chair à celui dont leur lycée porte le nom. L'occasion pour eux, après un accueil où ils se sont prêtés à l'invention, offrant quelques saynètes : dialogues imaginaires avec l'aventurier-chercheur ou proposant leur propre maquette de couverture (peut-être pour la version vietnamienne à venir), d'aller plus loin avec P. Deville.
 


Apréhender l'alchimie mystérieuse de la création

Durant une heure et demi, l'ancien professeur de philosophie s'est livré sans retenue, argumentant autant sur la forme (« il n'y a pas du tout de dialogue dans ce livre car je n'imaginais pas parler à la place de Yersin »), que sur le travail mené en amont de l'écriture (« il y a parfois comme un vertige à lire la correspondance entre Yersin et sa mère, puis ensuite sa sœur, courrier versé aux archives de l'Institut Pasteur, mais qui n'était pas destiné à d'autres yeux que ceux de ces deux femmes »). Il a abordé aussi la question fondamentale, pour lui, de la lecture et du rapport au texte, de la résistance nécessaire qu'il faut parfois affronter pour entrer dans un roman, le comprendre, s'enrichir à son contact. « On vit quand on sait lire », confiait-il.

Et puis partir un jour...

Alexandre Yersin nous est apparu dans toute sa complexité, lui le scientifique « aux semelles de vent » que Patrick Deville compare volontiers à Rimbaud, pour son désir d'aventures, son refus des honneurs et de la carrière, ainsi que ses découvertes révolutionnaires.

C'est aussi une initiation à l'ailleurs que nous propose l'auteur dans son roman biographique et dans ses échanges avec les élèves du Lycée Alexandre Yersin : « j'ai beaucoup apprécié le Vietnam et ses environs (Cambodge), notamment Saigon, Hanoi, Nha Trang, Dalat et Dien Bien Phu et puis j'ai remonté le Mékong, et je suis parti à la découverte de l'Asie. J'avoue qu'être ailleurs, c'est magnifique... s'il n'y avait ces voyages modernes, coincé dans un avion, si loin des transhumances lentes des long-courriers ou même du dernier retour de Yersin, en huit jours de sauts de puce par l'hydravion de la ligne Paris-Saïgon. »



Article Paru dans l'édition de St Nazaire du quotidien Ouest France:

Hanoi, Saïgon, Dalat... En cette fin février au Vietnam, l'écrivain marche sur les traces de Yersin, le héros de son livre «Peste & Choléra ». Il va à la rencontre de ses lecteurs.
 
 
 

Encore chiffonné après onze heures d'avion, calé dans un divan rouge de l'Institut français à Hanoi, Patrick Deville répond aux questions des journalistes vietnamiens. Avec Peste & Choléra, «roman d'aventure sans fiction » ciselé autour d'Alexandre Yersin, le «pasteurien » découvreur du bacille de la peste en 1894 à Hong Kong, l'écrivain avec un pied à Saint-Nazaire et l'autre à Saint-Brévin s'est emparé d'un des rares héros étrangers du Vietnam. Yersin, un scientifique solitaire qui se pose à Nha Trang, un village de pêcheurs de l'Annam, au centre du Vietnam, aujourd'hui enlaidi par le béton. Un aventurier aussi, qui explore les montagnes et tombe sur un plateau qui deviendra Dalat, une station d'altitude qui autorise alors l'Indochine coloniale à s'extirper de la moiteur de la plaine. Face à une centaine d'auditeurs et avant de rencontrer le lendemain des élèves du Lycée français Alexandre - Yersin, Patrick Deville triture une cigarette qu'il se retient d'allumer et raconte Yersin à ses lecteurs. «Il est beaucoup plus connu ici qu'il ne l'était en France, car ce livre a quand même un peu concouru à sortir son image de l'oubli. Je suis parti de sa vie réelle pour en faire un personnage légendaire. Yersin éclaire une maladie dont on ne savait même pas alors qu'elle était une maladie, la peste, un fléau. » Pour écrire, il s'enferme. Ce médecin qui soignait les malades de Nha Trang sans rien leur demander, les lecteurs de Patrick Deville l'ont déjà croisé dans son précédent roman Kampuchéa, au fil d'une exploration. La méthode Deville, avec des personnages qui rebondissent de livre en livre, débusqués de voyages en rencontres. «Pendant quatre ans, j'ai sillonné cette zone-ci, qui va de la frontière birmane au Vietnam, avec le Cambodge, le Laos, la Thaïlande. » Il arpente musées et champs de bataille, lieux de naissance et tombes, engloutit les livres. Dans sa maison de Saint-Brévin, les cartons de documentation s'entassent dans trois bureaux, un par projet littéraire en cours. «Pendant ce temps de la recherche, je m'interdis d'écrire. Puis, quand j'estime que j'en ai assez, à tous les sens du terme, je m'enferme dans une chambre d'hôtel avec un frigo, du vin blanc et du fromage et j'essaie de travailler jour et nuit. »

Pour Peste & Choléra, Patrick Deville a quitté l'hôtel de Saïgon où il a ses habitudes. Il s'est exilé dans le quartier chinois, «là où je ne comprenais pas la langue pour ne pas être dérangé». Les soupes de nouilles ont remplacé le fromage. Le directeur de la Maison des écrivains étrangers et des traducteurs (Meet) de Saint-Nazaire, une résidence d'auteurs, sort de la librairie Livres & Co où il vient de signer son livre et grille une cigarette dans la rue. Dix-sept heures dans un Hanoi humide, la sortie des bureaux et des vagues de motos et voitures au coude à coude. Avec une pensée pour Alexandre Yersin, lui «qui fut le premier automobiliste de Hanoi, au volant d'une Serpollet ».

Un best-seller local

Trois cents exemplaires, un best-seller «C'est inespéré!» Jean-Baptiste Dufour, directeur export du Seuil qui accompagne Patrick Deville dans sa tournée, sourit. Il a écoulé environ 300 exemplaires de Peste & Choléra dans les trois librairies francophones de Hanoi et Hô Chi Minh-Ville. Un «score » jamais atteint pour un livre en français au Vietnam, à comparer aux 210 000 exemplaires vendus en France pour le Fémina 2012. L'ouvrage est en cours de traduction en vietnamien, les droits ayant été achetés par la maison d'édition Tre (Jeunesse), un des grands éditeurs du Vietnam. Patrick Deville ne transige pas sur le respect de son texte. C'est lui qui signera le «bon à tirer » après relecture de la traduction par des amis vietnamiens.

Car la censure toujours reste susceptible de frapper.

(retranscrit avec l'aimable autorisation de Franck RENAUD, parent d'élève du LFAY, journaliste indépendant collaborant notamment à OF, Courrier International ou Le Point.fr).

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